Aperçu

Les êtres humains ne se tiennent pas à l’écart du monde qu’ils cherchent à comprendre. Notre connaissance se développe par l’expérience, l’interprétation et la participation à des formes de vie façonnées par l’histoire, la culture et les institutions. Ces circonstances rendent la compréhension possible, mais elles influent aussi sur ce que nous remarquons, sur ce que nous tenons pour acquis et sur ce qui demeure hors de notre champ de vision.

L’orientation philosophique de l’Institut fait dialoguer l’humanisme intégral et le pluralisme intégral avec la recherche en humanités numériques, en sciences de l’information et en sciences sociales. Elle s’intéresse à la dignité et au développement des personnes, à la diversité de l’expérience humaine et aux conditions dans lesquelles les connaissances peuvent être justifiées, communiquées et mises à contribution dans la vie pratique.

Ces questions prennent une importance renouvelée à l’ère de l’intelligence artificielle. À mesure que les technologies deviennent plus aptes à organiser l’information, à produire des explications et à soutenir le jugement humain, il nous faut examiner non seulement ce que ces systèmes peuvent accomplir, mais aussi ce que signifie, pour les personnes, comprendre, savoir et agir de façon responsable.

La philosophie offre une façon d’examiner ces questions, leurs présupposés et leurs conséquences plus larges. Elle ne saurait régler d’avance toutes les questions, et elle ne devrait pas non plus être soustraite aux résultats de la recherche. L’orientation philosophique de l’Institut guide les questions qu’il pose, et non les conclusions auxquelles il doit parvenir.

Orientation philosophique

L’Institut puise dans des traditions distinctes d’enquête philosophique qui s’intéressent au développement humain, aux limites de la connaissance, à la communication et aux institutions par lesquelles les personnes vivent ensemble. Leur pertinence dépasse la théorie abstraite. Elles nous aident à examiner les finalités de la connaissance, le sens du progrès technologique et les responsabilités qui accompagnent notre capacité croissante de comprendre et de transformer le monde.

Humanisme intégral

L’humanisme intégral porte attention à la personne tout entière, sans traiter la vie humaine comme un ensemble de fonctions séparables. L’existence corporelle, l’expérience subjective, les relations, la culture et les institutions comptent chacune dans la manière dont les personnes vivent et se développent. Les ressources économiques, les arrangements politiques et l’accès aux soins ou à l’éducation ne sont donc pas un simple arrière-plan de la croissance personnelle; ils contribuent à en façonner les possibilités.

L’humanisme intégral de Jacques Maritain, la théorie intégrale de Ken Wilber et les approches par les capabilités associées à Amartya Sen et à Martha Nussbaum offrent différentes façons d’examiner ces questions. Il ne s’agit ni de théories interchangeables ni des éléments d’un système unique et arrêté. L’Institut les aborde comme des ressources intellectuelles pour étudier la dignité, la liberté, le développement et les conditions institutionnelles de l’épanouissement humain, tout en demeurant ouvert à leurs désaccords et à leurs limites.

L’humanisme intégral invite aussi à reconsidérer ce qui constitue le progrès. Une plus grande capacité matérielle ou technologique peut améliorer les conditions de vie, mais elle ne rend pas à elle seule un compte complet du développement humain. Les questions d’agentivité, de participation, de relations et d’activité porteuse de sens demeurent essentielles pour juger de ce que le progrès permet aux personnes de devenir et de faire.

Pluralisme intégral

Une perspective de pluralisme intégral cherche à mettre les points de vue en relation tout en préservant les différences entre leurs questions, leurs méthodes et leurs affirmations. L’expérience à la première personne, l’interprétation historique, l’investigation empirique et l’argumentation éthique n’apportent pas le même type de connaissance. L’enquête interdisciplinaire exige de comprendre ce que chacune peut révéler et comment ses affirmations peuvent être mises en question, plutôt que de supposer qu’une seule méthode peut trancher toutes les questions.

L’enquête de Richard J. Bernstein au-delà de l’objectivisme et du relativisme, le pluralisme intégral de Fred Dallmayr et les travaux de Jürgen Habermas sur la communication et la justification offrent des ressources distinctes pour penser la faillibilité, le dialogue, la différence historique et l’examen public des affirmations.

Les traditions religieuses et contemplatives entrent aussi dans cette conversation, à la fois comme sources de sens et comme objets d’enquête critique. Leurs apports ne font pas autorité d’emblée, pas plus qu’ils ne sont d’emblée disqualifiés. Le dialogue peut approfondir la compréhension sans abolir le désaccord.

Le premier axe philosophique de l’Institut aborde des préoccupations apparentées à travers la facticité intégrale (Integral Facticity), le faillibilisme énactif (Enactive Fallibilism) et le pluralisme épistémologique intégral (Integral Epistemological Pluralism). Ce sont des formulations encore en développement, et non des doctrines que toute personne engagée dans la recherche ou le dialogue devrait faire siennes. Leur apport doit être considéré aux côtés d’autres approches intellectuelles et demeure ouvert à la critique.

Axes

Les six axes de l’Institut relient la réflexion philosophique à des champs particuliers de recherche et de pratique. Ils ne constituent ni des programmes distincts ni une hiérarchie des disciplines. Ils offrent plutôt différents points d’entrée dans des questions touchant l’existence humaine, la connaissance, la technologie, les institutions et les conditions de l’épanouissement humain.

La théorie et la praxis entretiennent une relation réciproque. La réflexion philosophique examine les concepts, les présupposés et les finalités; la praxis concerne les jugements et les actions situés par lesquels les personnes s’engagent dans leur situation. L’expérience peut révéler les limites d’une théorie, tandis que la réflexion critique peut mettre au jour des possibilités et des responsabilités que les pratiques établies négligent.

Les ouvrages Connaissance et intérêt et Théorie et pratique, de Jürgen Habermas, constituent un important point de référence. Son examen de la relation entre la connaissance et les finalités humaines conteste la réduction des questions pratiques à des problèmes techniques de prévision et de contrôle. Il nous invite à considérer non seulement comment fonctionnent les systèmes, mais aussi quelles fins ils servent, de qui ils soutiennent la compréhension et quels présupposés demeurent ouverts à l’examen.

Pour l’Institut, ces questions se posent dans le travail courant de la recherche et de l’intendance des connaissances. Élaborer une bibliographie, décrire une source d’archives, concevoir un système de recherche d’information ou évaluer une recherche assistée par l’IA, tout cela suppose des jugements sur les données probantes, l’interprétation, l’accès et la responsabilité. Ces activités ne sont pas de simples exercices techniques. Ce sont des pratiques où des engagements intellectuels rencontrent les exigences de l’expérience.

La facticité intégrale (Integral Facticity) part de l’existence humaine en tant qu’existence incarnée, vécue, sociale et historique. Les personnes héritent de langues, de relations, d’institutions et de conditions matérielles qu’elles n’ont pas choisies. Ces conditions rendent l’action possible autant qu’elles la contraignent. Le développement se fait donc par l’engagement dans une vie située, et non à partir d’une position extérieure à la biologie, à l’histoire ou à la société.

En tant que contribution conceptuelle en développement, la facticité intégrale impose aussi des exigences aux théories globales. Un cadre peut relier de nombreuses dimensions de l’expérience tout en négligeant des conditions qui résistent à ses catégories. Une enquête intégrale doit être capable de découvrir de telles limites dans ses propres explications, plutôt que de supposer que l’ampleur de la perspective garantit l’exhaustivité.

Le faillibilisme énactif (Enactive Fallibilism) s’intéresse à la manière dont la compréhension se développe par la participation au monde. L’observation, l’interprétation, le dialogue et la pratique peuvent produire des connaissances fondées, tandis que la confrontation aux données probantes et à l’expérience peut en exiger la révision. Il fait dialoguer les approches pragmatistes du faillibilisme et les approches énactives de la cognition. La faillibilité ne rend pas toutes les positions également crédibles; elle exige des raisons, des données probantes appropriées et une ouverture à la correction.

Le pluralisme épistémologique intégral (Integral Epistemological Pluralism) aborde une question apparentée, mais distincte : comment les différentes dimensions d’une situation deviennent connaissables. L’expérience vécue, l’interprétation culturelle, l’observation empirique et l’explication systémique ont des méthodes et des critères de justification différents. Les mettre en relation exige de préserver ces différences et d’examiner comment elles s’éclairent ou se remettent en question mutuellement.

Ensemble, ces concepts orientent l’attention vers les conditions de l’action humaine, le développement de la compréhension et les limites des méthodes par lesquelles nous étudions le monde. Élaborés dans le cadre des travaux savants indépendants du fondateur, ils éclairent l’orientation de l’Institut sans prédéterminer les résultats de ses recherches.

L’informatique de la santé examine les environnements informationnels par lesquels les soins sont organisés, communiqués et compris. Les dossiers, les classifications et les systèmes numériques influent sur les aspects de la vie d’une personne qui deviennent visibles, sur la circulation des connaissances d’un milieu à l’autre et sur ce que les personnes soignées, leurs proches aidants et les équipes de soins peuvent apporter à une décision.

Le développement humain intégral situe ces questions dans une conception plus large de l’épanouissement. La santé engage le bien-être corporel et psychologique, mais aussi les relations, l’agentivité, les activités porteuses de sens et la participation à la vie sociale. L’approche par les capabilités, la science comportementale contextuelle et la tradition sociale catholique du développement humain intégral offrent des ressources distinctes pour réfléchir à ce que les soins devraient rendre possible.

Cette association soulève des questions sur les dossiers longitudinaux, la continuité des soins, l’information détenue par les personnes soignées, l’interprétation des récits personnels et la capacité de différents systèmes à échanger de l’information sans en perdre le sens. Un dossier peut être techniquement complet tout en rendant compte de manière inadéquate des circonstances dans lesquelles une personne vit. À l’inverse, un portrait accessible de ces circonstances peut soutenir le jugement sans prétendre remplacer l’expertise clinique.

Pour l’Institut, l’informatique de la santé demeure un champ d’application prospectif pour ses intérêts en sciences de l’information et en gestion des connaissances. L’enjeu plus large est de savoir comment l’information peut contribuer à la compréhension, à la participation et à des soins empreints d’humanité, plutôt que de tenir l’efficience administrative ou un ensemble de mesures pour un portrait suffisant d’une personne.

Les environnements numériques sont devenus des lieux importants où les gens apprennent, tissent des liens, interprètent les événements et participent à la vie publique. Les conversations en ligne sont reliées aux maisons d’édition, aux universités, aux professions, aux mouvements sociaux et aux institutions politiques. On ne peut en saisir le sens uniquement en comptant des messages, en retraçant des liens ou en traitant une plateforme comme un contenant neutre.

L’ethnographie numérique s’attache aux pratiques situées, à la participation et au sens que les gens donnent à leurs activités. L’anthropologie politique étend cette attention à l’autorité, à l’appartenance, à la légitimité, au pouvoir et aux arrangements institutionnels. Ensemble, elles offrent des moyens d’étudier comment des idées acquièrent de l’influence et comment certaines expériences ou perspectives obtiennent, conservent ou perdent une audience.

L’arrière-plan philosophique comprend les questions de l’agir communicationnel et de l’espace public : ce qui rend possible la compréhension mutuelle, comment des affirmations acquièrent une crédibilité publique et pourquoi le dialogue peut échouer. Ces questions exigent une attention aux conflits, aux conditions économiques et aux inégalités de pouvoir autant qu’aux intentions des personnes qui y prennent part. L’accord à lui seul n’établit pas qu’une discussion a été équitable ni que ses conclusions sont justifiées.

Cet axe met aussi en lumière les réseaux intellectuels et la circulation des travaux savants. Il s’interroge sur la manière dont les traditions sont interprétées d’une communauté à l’autre, dont les connaissances se traduisent entre milieux spécialisés et grand public, et dont les institutions numériques façonnent ces rencontres.

À une époque où l’information circule avec une rapidité extraordinaire, il devient de plus en plus important de comprendre les circonstances sociales de son interprétation. Toute recherche impliquant des participants ou des relations privées exige toutefois une portée explicite et des garanties éthiques appropriées. Un intérêt intellectuel ne constitue pas en soi une étude auprès de participants.

Les technologies numériques ne se résument pas à la performance des appareils ou des logiciels. Les plateformes, les systèmes informatiques et l’intelligence artificielle influent sur la manière dont le travail est organisé, dont les connaissances se présentent à nous et dont les décisions sont prises. Leurs capacités croissantes offrent des possibilités remarquables pour la recherche, l’éducation, la communication et la création. Elles peuvent aussi introduire des formes de dépendance, d’exclusion et de concentration du contrôle.

L’humanisme intégral apporte à l’évaluation de ces changements des questions sur les personnes, les finalités et les institutions. L’utilité d’un système ne peut s’évaluer uniquement à sa rapidité ou à son rendement. Il importe aussi de savoir qui peut l’utiliser, quelles formes de compréhension il soutient, ce qu’il demande aux gens de céder et si son fonctionnement demeure ouvert à l’explication et à la contestation.

Pour l’Institut, les systèmes numériques sont à la fois des outils de recherche, des objets d’enquête et des institutions inscrites dans l’histoire. Son recours au travail du savoir assisté par l’IA rend particulièrement concrètes les questions de fiabilité, de jugement, d’accessibilité, de coût et de dépendance. L’assistance peut aider une personne à découvrir des sources ou à organiser une argumentation sans établir par elle-même la vérité des affirmations qui en résultent.

Les possibilités n’en sont pas moins considérables. Les technologies qui aident le lectorat à découvrir des travaux savants peu familiers, à explorer des questions complexes ou à relier des ressources intellectuelles d’un domaine à l’autre peuvent élargir les occasions d’apprendre et de participer. Leur valeur dépendra en partie de leur capacité à renforcer l’aptitude des gens à comprendre et à exercer leur jugement, plutôt qu’à simplement leur fournir des réponses.

Cette association examine donc la relation entre l’assistance technologique et l’agentivité humaine. Elle se demande quand l’automatisation soutient l’apprentissage et quand elle supplante des occasions de comprendre; quand une interface élargit la participation et quand elle impose de nouveaux obstacles; et comment les connaissances demeurent portables et imputables lorsqu’elles passent par des systèmes commerciaux.

La question n’est pas de savoir si la technologie est intrinsèquement émancipatrice ou nécessairement déshumanisante. Il s’agit plutôt de savoir comment des technologies particulières, au sein d’institutions et de pratiques particulières, peuvent contribuer à une société plus humaine et plus épanouie.

La curation numérique porte sur la sélection, la description, l’interprétation, la préservation et l’utilisabilité continue des ressources de connaissances. La gestion des connaissances porte sur les pratiques par lesquelles les personnes et les organisations créent, retrouvent, évaluent, partagent et mémorisent les connaissances. Leur association met en rapport le soin apporté aux sources et les circonstances dans lesquelles les connaissances deviennent utiles.

L’Institut aborde cette association comme un champ de recherche à part entière. Elle englobe la provenance, les processus de recherche, la mémoire institutionnelle, les systèmes de connaissances médiatisés par l’IA et l’organisation de ressources reliées.

Un ensemble de documents conservés n’assure pas à lui seul la continuité. Les personnes doivent pouvoir découvrir ce qui est pertinent, comprendre pourquoi cela a été conservé et distinguer une affirmation dépassée d’un résultat actuel. De même, une organisation peut conserver de vastes dossiers tout en perdant l’expérience et le jugement qui leur donnaient leur signification.

Plusieurs distinctions sont essentielles. Conserver un document n’est pas en vérifier les affirmations. Préserver un résultat n’est pas le rendre disponible pour un usage ultérieur. Un résumé n’est pas sa source, et un lien entre des notices ne prouve pas que les idées ou les personnes qu’elles décrivent entretiennent une relation particulière. Des environnements de connaissances fiables rendent ces distinctions visibles plutôt que de les masquer derrière une présentation sans aspérités.

La curation suppose aussi un jugement sur le contexte et la responsabilité. La paternité des œuvres, les versions, les conditions d’accès et les fins pour lesquelles un document a été créé influent sur la manière dont il peut être interprété et réutilisé. Les connaissances portées par l’expérience professionnelle, les relations et les routines organisationnelles ne peuvent pas toujours se réduire à une entrée dans une base de données.

Le courtage et la mobilisation des connaissances prolongent ce travail par-delà les frontières disciplinaires et institutionnelles. Leur but n’est pas simplement de diffuser davantage d’information, mais d’aider les gens à interpréter, à questionner et à utiliser les connaissances dans des contextes qui ne leur sont pas familiers, tout en préservant leurs sources et leurs limites.

Les bibliothèques et les collections de recherche constituées avec soin soutiennent l’enquête d’une génération à l’autre. Elles rendent les œuvres accessibles, mais aident aussi le lectorat à suivre des argumentations, à retrouver des traditions intellectuelles et à découvrir des relations difficiles à percevoir dans des textes isolés.

Leur importance n’est pas diminuée par l’abondance de l’information numérique. Au contraire, la possibilité de repérer un document instantanément rend d’autant plus significatives les questions sur son origine, son interprétation et sa fiabilité. Le travail des bibliothèques nous rappelle que la découverte et la compréhension sont apparentées, mais qu’elles ne sont pas la même chose.

La gestion des bibliothèques réunit le développement des collections, la description, l’accès et l’intendance à long terme. Les sciences de l’information étudient la manière dont l’information est organisée, représentée, repérée, évaluée et utilisée. Cette association relie les responsabilités pratiques d’une collection de recherche aux questions sur la façon dont la classification, les métadonnées et la recherche documentaire façonnent ce qui peut être trouvé.

Pour une orientation de pluralisme intégral, ces questions sont aussi des questions de représentation. Comment les différentes traditions sont-elles décrites? Quels vocabulaires organisent une collection? Qu’est-ce qui devient plus difficile à découvrir lorsqu’une seule perspective institutionnelle ou disciplinaire fournit les catégories? Une bibliothèque peut permettre des rencontres entre traditions sans traiter leurs différences comme interchangeables ni hiérarchiser leur valeur selon une mesure unique.

Les intérêts de l’Institut comprennent la recherche bibliographique, les ressources de référence savantes interreliées, l’histoire intellectuelle et la conception de collections de recherche qui ramènent le lectorat aux sources originales. Une notice bibliographique, l’accès au texte intégral et la vérification d’un passage précis demeurent trois états distincts. Un catalogue utile soutient l’enquête; il ne remplace pas la lecture.

Un accès durable exige aussi une attention à la paternité des œuvres, à la préservation, aux conditions de réutilisation et aux besoins des personnes mal servies par les systèmes d’information commerciaux. Les bibliothèques sont donc à la fois des institutions pratiques du savoir et des objets de recherche sur la manière dont une société entretient les ressources qui lui permettent de se comprendre elle-même.

Enquête et intendance des connaissances

La relation entre la philosophie et la recherche est réciproque. Une orientation aide à cerner des questions et des dimensions négligées d’un problème; l’investigation peut en révéler les limites et en exiger la révision. Les autres traditions intellectuelles doivent donc être comprises dans leurs propres termes, y compris lorsqu’elles remettent en question les concepts ou les présupposés privilégiés par l’Institut.

Dans le travail du savoir, cela signifie maintenir distincts les sources, les interprétations et les résultats. Un environnement de recherche utile permet à qui le consulte de remonter d’une affirmation jusqu’à ses données probantes, de repérer la version consultée et de reconnaître les points d’incertitude ou de désaccord qui subsistent. Le repérage et la synthèse assistés par l’IA ne suppriment pas ces responsabilités.

L’intendance ne se limite pas à garder les documents intacts. Elle consiste aussi à préserver la paternité des œuvres et le contexte, à rendre possible la découverte, à maintenir la continuité et à aider les connaissances à devenir intelligibles dans de nouveaux contextes. Le courtage et la mobilisation des connaissances font entrer ces responsabilités dans les relations entre milieux de la recherche, milieux de pratique, institutions et publics.

Dans ce qu’il a de meilleur, ce travail ne se contente pas d’accroître la circulation de l’information. Il aide à maintenir les conditions dans lesquelles les gens peuvent apprendre les uns des autres, remettre en question ce dont ils ont hérité et contribuer à une vie intellectuelle commune.

Références choisies

  • Jacques Maritain. Integral Humanism, Freedom in the Modern World, and A Letter on Independence. Édition révisée, University of Notre Dame Press, 1996.
  • Ken Wilber. Integral Spirituality: A Startling New Role for Religion in the Modern and Postmodern World. Shambhala, 2007.
  • Richard J. Bernstein. Beyond Objectivism and Relativism: Science, Hermeneutics, and Praxis. University of Pennsylvania Press, 1983.
  • Fred Dallmayr. Integral Pluralism: Beyond Culture Wars. University Press of Kentucky, 2010.
  • Jürgen Habermas. Knowledge and Human Interests. Traduction de Jeremy J. Shapiro, Beacon Press, édition de 1972.
  • Jürgen Habermas. Theory and Practice. Traduction de John Viertel, Beacon Press, édition de 1988.
  • Jürgen Habermas. The Theory of Communicative Action, vol. 1 : Reason and the Rationalization of Society. Traduction de Thomas McCarthy, Beacon Press, édition de 1985.
  • Martha C. Nussbaum. Creating Capabilities: The Human Development Approach. Harvard University Press, 2011.
  • Francisco J. Varela, Evan Thompson et Eleanor Rosch. The Embodied Mind: Cognitive Science and Human Experience. MIT Press, 1991.